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Fraternité et Confrérie dans la Société Grecque Contemporaine

  • Giorgos Boussoutas Thanassoulas
  • 2 août
  • 12 min de lecture

Dernière mise à jour : 15 août

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Fraternité et Confrérie dans la Société Grecque Contemporaine


Dans la langue grecque, chaque mot que nous utilisons possède une signification particulière et définit, avec des nuances subtiles, quelque chose de différent d’un autre mot que nous pourrions considérer ou supposer porter le même sens. Je crois que quelque chose de similaire se produit dans de nombreuses autres langues.


Pour cette raison, avant toute chose, ce texte s’attardera à identifier la distinction entre les termes « Fraternité » (Adelfotita) et « Confrérie » (Adelfosyni). Le premier a un contexte historique et social spécifique et renvoie à des groupes sociaux ou associations organisés. Le second est un terme relatif aux liens fraternels et aux valeurs partagées.


En Grèce, la « fraternité » est plus profondément ancrée dans la culture populaire que la « confrérie ». La fraternité a des racines profondes dans la civilisation grecque et s’exprime de manières multiples et variées. Ses origines remontent à la Grèce antique, à travers les concepts d’amitié et de participation civique, à la tradition ecclésiale du dogme chrétien oriental où l’amour et le soin de l’Autre sont mis en avant, et à l’histoire, où elle apparaît comme un élément d’unité en temps de crise.


Dans la vie quotidienne des Grecs, la fraternité se manifeste par l’hospitalité — considérée comme une pratique traditionnelle — avec une attitude chaleureuse et généreuse envers ceux qui la sollicitent, par les liens familiaux solides, qui dans bien des cas assurent un soutien aux membres de la famille, et par les relations développées entre les personnes vivant dans une même communauté ou quartier. Encore aujourd’hui, les fêtes communautaires, le soin apporté à l’enfant du voisin, ou l’offrande d’un plat ou d’un dessert d’un foyer à un autre sont autant d’éléments qui en témoignent.


Une expression plus contemporaine de la fraternité est le soutien et la participation des individus à des initiatives collectives locales portant sur des questions qui concernent la communauté. En Grèce, notamment après la crise financière et les flux migratoires, des organisations locales ou communautaires et des groupes de citoyens ont mis en place des dispensaires, des soupes populaires et des structures de solidarité pour soutenir les personnes confrontées à des défis de survie. Dans ce contexte, la fraternité s’est élargie pour inclure les migrants, les réfugiés et les minorités.


Les jeunes, en particulier, recherchent une forme de fraternité plus humaine et universelle, fondée sur l’égalité et les droits humains. Ayant largement subi des conditions de travail et de vie difficiles durant la récente crise économique en Grèce, et plus tard en raison de bouleversements dans les relations de travail, ils ont renforcé la fraternité par la création de réseaux informels et de mouvements militants fondés sur l’amitié, le soutien mutuel et la coopération.


Une expression importante des liens fraternels est la participation des membres de la communauté à divers événements. Cela inclut la participation à des fêtes de village ou de ville, les visites aux domiciles lors d’une naissance ou d’une fête onomastique, l’organisation de réceptions pour des anniversaires ou des événements heureux, le soutien émotionnel apporté à ceux qui traversent un deuil ou des difficultés, et la participation à des commémorations nationales. Ces pratiques renforcent le sentiment de communauté et d’unité entre les membres.


L’unité des membres des communautés grecques s’exprime aussi à l’échelle internationale, à travers la création de communautés diasporiques dans les pays où vivent des personnes d’origine grecque. De cette manière, un lien fort avec la Grèce est maintenu, renforçant les liens de fraternité, qui dans bien des cas s’expriment de manière plus marquée que dans le pays même. Ces communautés diasporiques fonctionnent comme des familles, préservant et renforçant l’identité culturelle et démontrant que la fraternité a également une dimension cosmopolite.


Tout cela se manifeste dans les expressions du langage courant. La fraternité s’exprime lorsqu’on dit : « Nous sommes comme une famille » ou « Nous nous soutenons mutuellement. » Tous ces exemples montrent que même les Grecs contemporains se soucient profondément de l’Autre, honorent et se souviennent du passé commun qui les unit, en s’adaptant aux conditions du XXIe siècle. À une époque où l’individualisme est une caractéristique dominante du comportement humain, en Grèce, la fraternité permet de maintenir un lien collectif qui, dans bien des cas, est particulièrement fort et agit comme contrepoids à l’individualisme. Ainsi se conserve un visage social humain, nous rappelant que la Vie ne se développe ni ne s’améliore par le « Je », mais principalement par le « Nous ».


Malgré ces références antérieures aux expressions de la fraternité en Grèce, il serait regrettable de ne pas mentionner un phénomène assez paradoxal observé dans la société grecque. Bien que la fraternité soit une valeur importante, la société grecque est souvent divisée sur des questions politiques ou sociales. Dans la plupart des cas, cette division s’exprime de manière intense et violente. Un comportement similaire, qui ne reflète pas l’esprit de fraternité, se retrouve dans le traitement de certains groupes marginalisés, tels que les Roms, les réfugiés ou la communauté LGBTQ+. De tels comportements montrent que, dans ces cas, la fraternité n’est pas toujours appliquée de manière universelle ou horizontale.


En conclusion de notre réflexion sur la fraternité telle qu’elle est exprimée dans la société grecque, nous l’aborderons également sous un angle philosophique. Pour les Grecs, la fraternité n’est pas seulement une valeur sociale — elle a une dimension existentielle. Elle exprime le besoin humain de communication, de connexion avec l’Autre, et de partage des moments heureux comme difficiles de la vie. Elle nous rappelle l’adage selon lequel « l’Homme n’est pas heureux même au paradis s’il est seul » et que, pour que le bonheur soit complet, il doit être partagé avec ses semblables. À travers la fraternité, l’être humain trouve un sens et une intégration spirituelle dans la vie.


Revenant au concept de « confrérie », il convient de se souvenir qu’il implique un caractère plus organisé, encadré par des éléments rituels. Dans l’Antiquité, par exemple, les confréries existaient comme expressions de groupes religieux ou mystiques. Les confréries sont des structures fermées qui créent des liens puissants entre les membres, même après leur dissolution ou la fin des relations qui les ont fondées. Leurs membres exercent souvent une influence sociale, professionnelle ou politique. La différence avec la fraternité n’est pas toujours tranchée, car les deux se réfèrent à des groupes unis par des liens et des objectifs forts. Néanmoins, des distinctions existent.


Dans de nombreux cas, les confréries ont été accusées de promouvoir l’élitisme et une mentalité de fermeture à l’égard des non-membres. Une autre critique porte sur leur insistance excessive sur la tradition et le rituel, qui mènent souvent à un conservatisme marqué, caractérisé par la domination, la soumission à des systèmes hiérarchiques et les discriminations que ces systèmes engendrent. Les confréries reposent sur des règles éthiques strictes et promeuvent la coopération, l’identité collective et l’unité entre leurs membres — mais dans la plupart des cas, elles nourrissent également une perception de supériorité par rapport au reste de la société.


En Grèce aujourd’hui, la confrérie ne constitue pas un phénomène de ségrégation sociale aussi répandu que dans d’autres pays occidentaux. La raison pourrait en être le développement fort de la fraternité, tel que décrit ci-dessus. La confrérie s’exprime principalement à travers des organisations culturelles, religieuses ou sociales. Celles-ci incluent les associations d’élèves dans certaines écoles privées, les groupes liés aux monastères, les associations de militaires, et bien sûr, les organisations à orientation « ésotérique ou mystique », telles que les loges maçonniques.


Ces formes de confrérie ont fait l’objet de vives critiques dans les médias comme dans le discours public, notamment en ce qui concerne leur organisation hiérarchique et leur mentalité autoritaire, car elles créent et encouragent des distinctions et des divisions sociales incompatibles avec les principes d’Égalité et de Démocratie. En outre, des accusations fréquentes d’opacité financière ou administrative sont rapportées. Selon moi, l’image négative des loges maçonniques en Grèce est aussi due à leur fonctionnement sous forme de confrérie.


Concernant spécifiquement la « confrérie » telle que définie et exprimée par les structures maçonniques en Grèce, il convient de souligner l’absence totale d’expression fraternelle entre les Grandes Loges grecques. Leurs relations sont loin d’être « fraternelles », même si théoriquement, tous les êtres humains sont considérés comme Frères selon les rituels maçonniques — a fortiori ceux qui possèdent les signes, les attouchements et les mots de passe. Dans chaque organisation maçonnique, les luttes de pouvoir et la nécessité de contributions financières pour maintenir les opérations sont devenues des éléments structurants, entraînant isolement, calomnie et dévalorisation des autres corps maçonniques.


Un exemple caractéristique de cette pratique est une circulaire émise par un ancien Grand Maître de la Grande Loge de Grèce interdisant explicitement toute communication entre ses membres et la « rivale » Grande Loge Nationale de Grèce. Une mise en garde similaire figure dans les rapports du Président du Conseil des Affaires Générales de la Grande Loge Nationale de Grèce, présentés lors des Assemblées générales, avertissant les membres des relations avec des « organisations maçonniques non régulières ».


Quel que soit le terme utilisé — « fraternité » ou « confrérie » — pour décrire les relations entre membres des organisations maçonniques, une chose est certaine : il est très difficile que de telles relations se manifestent dans la pratique, car ni les dirigeants ni une grande partie des membres n’incarnent l’un ou l’autre de ces concepts. En conclusion, on peut affirmer que, dans la société grecque, le concept de « fraternité » est plus développé que celui de « confrérie » et s’exprime de manière bien plus riche dans la vie quotidienne des gens. À l’inverse, la « confrérie » est relativement peu familière et porte souvent une connotation négative.


La franc-maçonnerie, en tant qu’institution importée en Grèce, se réfère davantage à la notion de « confrérie ». Cette référence, qui évoque un groupe fermé, est peut-être l’une des raisons de l’image négative de la franc-maçonnerie en Grèce. Une autre raison est le comportement des dirigeants des Grandes Loges, qui maintiennent, dans leur propre intérêt, leurs différends dans une logique de concurrence — à un tel point qu’ils ne promeuvent ni la « fraternité » ni la « confrérie » entre les francs-maçons grecs.


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Brotherhood and Fraternity in Contemporary Greek Society

by Giorgos Bousoutas Thanasoulas
by Giorgos Bousoutas Thanasoulas

In the Greek language, every word we use has a particular meaning and defines, with subtle nuances, something different from another word we might consider or assume to carry the same meaning. I believe that something similar happens in many other languages. For this reason, before anything else, this text will identify the distinction between the terms “Brotherhood” (Adelfotita) and “Fraternity” (Adelfosyni). The former has a specific historical and social context and refers to organized social groups or associations. The latter is a term related to fraternal bonds and shared values[1].


In Greece, "Brotherhood" is more deeply embedded in the culture of the people than "Fraternity". "Brotherhood" has deep roots in Greek civilization and is expressed in many and varied ways. Its roots lie in Ancient Greece through the concept of friendship and civic participation, in the ecclesiastical tradition of the Eastern Christian dogma where love and care for the Other are emphasized, and in history, where it emerges as an element of unity during times of crisis.


In the daily lives of Greeks, "Brotherhood" is evident in hospitality — which is considered a traditional practice — with a warm and giving attitude towards those who ask for it, in strong family ties, which in many cases provide support to family members, and in relationships developed among people living in the same community or neighbourhood. Even today, communal celebrations, caring for the neighbour’s child, or offering a plate of food or dessert from one household to another are some of the elements that compose it.


A more contemporary expression of "Brotherhood" is the support and participation of individuals in local collective initiatives on issues affecting the community. In Greece, especially after the financial crisis and refugee flows, local or community organizations and citizen groups established clinics, soup kitchens, and solidarity structures that supported people facing survival challenges. Within this context, "Brotherhood" expanded to include migrants, refugees, and minorities.


Younger people, in particular, seek a more humane and universal form of "Brotherhood" based on human equality and rights. Having largely experienced harsh working and living conditions during the recent economic crisis in Greece, and later due to adverse changes in labor relations, they strengthened "Brotherhood" through the creation of informal networks and activist movements based on friendship, mutual support, and cooperation.


A significant expression of fraternal bonds is the participation of community members in various events. These include taking part in city or village festivals, visiting homes of those celebrating a birth or name day, hosting parties for anniversaries or happy events, offering emotional support to those experiencing loss or hardship, and attending national commemorative events. These practices reinforce the sense of community and unity among its members.


The unity of members of Greek communities is also expressed internationally through the establishment of diaspora communities in countries where people of Greek origin live. In this way, a strong connection with Greece is maintained, reinforcing the bonds of "Brotherhood", which in many cases are more strongly expressed than in Greece itself. These diaspora communities’ function like families, preserving and strengthening cultural identity and demonstrating that "Brotherhood" also has a cosmopolitan dimension.


All of this is evident in expressions of everyday language. "Brotherhood" is conveyed when someone says, “We are like a family” or “we support each other.” All of the above show that even modern Greeks care greatly for the Other and honor and remember the shared past that unites them, adapting to the conditions of the 21st century. In an era where individualism is a dominant characteristic in human behavior, in Greece, through "Brotherhood" collective bond is maintained that in many cases is particularly strong and acts as a counterbalance to individualism. In this way, a humane social face is preserved, reminding us that Life is not promoted or improved by the “I” but mainly by the “We.”


Despite these previous references to expressions of "Brotherhood" in Greece, it would be an omission not to mention a rather paradoxical phenomenon observed in Greek society. Even though "Brotherhood" is a significant value, Greek society is often divided over political or social issues. In most cases, this division is expressed intensely and violently. Similar behavior that does not represent "Brotherhood" is found in the treatment of certain marginalized groups, such as the Roma, refugees, or the LGBTQ+ community. Such behavior shows that in these cases, "Brotherhood" is not always universally or horizontally applied.


Concluding our reference to "Brotherhood" as it is expressed in Greek society, we will also approach it from a philosophical perspective. For Greeks, "Brotherhood" is not just a social value—it has an existential dimension. It expresses the human need for communication, connection with the Other, and sharing the joyful and difficult moments of life. It reminds us of the saying that “The Human is not happy even in Paradise if he is alone” and that for one’s happiness to be complete, it must be shared with fellow human beings. Through "Brotherhood" a person finds meaning and spiritual integration in life.


Returning to the concept of “Fraternity” we must remember that it implies a more organized character, framed with elements of ritual. In antiquity, for example, fraternities existed as expressions of religious or mystical groups. Fraternities are closed with structures that create strong bonds among members even after their dissolution or the end of the relationships that created them. Their members often exert influence socially, professionally, or politically. The difference with "Brotherhood" is not always clear-cut, as both refer to groups connected by strong bonds and goals. Nonetheless, differences exist.


In many cases, the “Fraternities” have been accused of promoting elitism and a closed-off mentality to non-members. Another criticism is their excessive emphasis on tradition and ritual, which often lead to a strong conservatism characterized by dominance, submission to hierarchical systems, and the discrimination these systems create. The “Fraternities” rely on strict ethical rules and promote cooperation, collective identity, and unity among their members — but in most cases they also promote a perception of superiority in relation to the rest of society.


In Greece today, "Brotherhood" is not a widespread social segregation like in other Western countries. The reason may be the strong development of “Brotherhood” as described above. “Fraternity” is mostly expressed through cultural, religious, or social organizations. These include student associations in certain private high schools, groups connected to monasteries, associations of military personnel, and, of course, organizations with an “esoteric or mystical” orientation, such as Masonic Lodges.


For these forms of “Fraternity” there has been strong criticism in both the media and public discourse, particularly regarding their hierarchical organization and authoritarian mentality, as they create and encourage social distinctions and divisions incompatible with the principles of Equality and Democracy. Additionally, there are frequent reports of financial or administrative opacity in their operations. In my view, the negative image of Masonic Lodges in Greece is also due to their functioning in the form of “Fraternity”


Specifically referring to the concept of “Fraternity” as defined and expressed by the Masonic organizes in Greece, one must highlight the complete lack of fraternal expression among Greek Grand Lodges. Their relationships are far from “brotherly” even though theoretically all people are considered Brothers according to Masonic rituals — and even more so those who possess the signs, handshakes, and passwords. In each Masonic organize the power struggles and the need for financial contributions to maintain operations have become defining features of their existence, resulting in isolation, slander, and devaluation of other Masonic bodies.


A characteristic example of this practice is a circular issued by a former Grand Master of the Grand Lodge of Greece explicitly forbidding any communication between its members and the “rival” National Grand Lodge of Greece. A similar caution exists in the reports of the President of the General Affairs Council of the National Grand Lodge of Greece, presented during General Assemblies, warning members about relations with “no regular Masonic organizes”.


Regardless of whether we use the term “Brotherhood” or “Fraternity” to describe the relationship among members of Masonic organizations, one thing is certain: it is very difficult for such relationships to be expressed in practice because the leadership and a significant portion of their members do not embody either of these concepts. In conclusion, we can say that in Greek society, the concept of “Brotherhood” is more developed than that of “Fraternity” and is expressed in many different ways in people's daily lives. In contrast, “Fraternity” is relatively unfamiliar and often carries a negative connotation.


Freemasonry, as an imported institution in Greece, refers more to “Fraternity” This reference, which alludes to a closed group of people, may be one of the reasons for Freemasonry's negative image in Greece. Another reason is the behavior of the leaderships of the Grand Lodges, who maintain, for their own interests, their disputes in a competitive manner — so much so that they promote neither “Brotherhood” nor “Fraternity” among Greek Freemasons.


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[1] Portal for the Greek Language, Dictionary of Modern Greek, lemma "Αδελφότητα" ( Fraternity) and "Αδελφοσύνη" (Brotherhood).

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