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  • Bruno Giordano

Du zénith au nadir

Dernière mise à jour : 9 juin





Vénérable Maître, et vous toutes et tous mes sœurs et frères en vos grades et qualités, en préambule, je dois vous prévenir de la noirceur de cette planche lugubre, et vous demander de considérer avant tout le caractère symbolique de ce que vous allez entendre.



Toute ressemblance avec des faits réels ne serait que pure coïncidence.

 

« L’enquêteur sur le diable s’était pris au piège de ses investigations, alors il décida de laisser un témoignage avant de sombrer : « Je ne vous dirai pas mon nom. Vous ne verrez jamais mon visage. Vous me croiserez sans me voir... Pourtant, mon passé était glorieux. Dans mon domaine, j’étais considéré comme le meilleur. Le meilleur, jusqu’à ce jour maudit... » »

 

Mes sœurs et mes frères, vous avez accepté de renoncer à votre vie d’avant pour renaître maçons ; j’ai vécu une aventure similaire, dans un autre univers. Mais je ne l’ai pas décidé, je ne l’ai pas choisi, elle s’est imposée à moi ; je viens vous conter ici cette mésaventure.

 

Lorsque j’étais vivant, je suis descendu aux ténèbres, par un escalier abrupt et glissant, et jamais je n’en suis remonté.

 

Dans le monde d’en haut, le sens avait perdu la raison.


Ceux qui m’aimaient semblaient vouloir me parler pour tenter de me sauver, mais enfermé dans ma bulle de verre, je ne percevais que des reproches, dans un silence assourdissant. Je travaillais le jour, recommençais la nuit, et ce depuis des mois, m’enfonçant peu à peu dans les sables mouvants d’une absolue mélancolie. Les soucis du jour j n’étaient pas traités que déjà les affres du jour suivant les surplombaient. Qu’ils aient ou pas dû n’incomber qu’à moi seul, c’est ainsi que je les percevais, happé par le vis sans fin de la dépression.



Au bestiaire de mes ennemis, une nouvelle entrée s’imposait. Une ennemie ordinaire ai-je cru au départ, que je pensais vite terrasser car l’intelligence ne la caractérisait pas. Mais peu lui importait en vérité : elle n’avait jamais cru que cette qualité n’ait un jour servi à quoi que ce soit, et par expérience, elle savait n’en avoir nul besoin. La perfidie constituait selon elle un atout bien plus utile, pour peu qu’on la pratique avec talent ; en fait, c’est elle qui avait raison, et le dénouement l’a prouvé. Bref, elle était la lie du genre humain, Bélial déguisée en mémère ; elle en était ainsi d’autant plus redoutable.


Bientôt, le combat qui s’engageait entre nous allait me dérouter : j’étais un taureau andalou, et elle un matador ; à chacun de mes assauts, elle opposait une esquive ; impalpable, insondable, rien ne semblait pouvoir l’atteindre, tel un ectoplasme maléfique ; Sekmeth obéissant à Ré, une mygale, un mamba noir, elle portait la mort en elle. Personne ne l’en croirait capable aujourd’hui encore ; je resterai donc seul à l’avoir dévoilée, mais il m’aura fallu pour cela payer le prix fort, perdre la vie, la vie d’avant, celle que vivent ceux qui se croient vivants.


Le balai macabre se déroulait devant une foule immense de spectateurs passifs, soit cyniques et intéressés par l’issue à leur bénéfice, soit justes mais impuissants, on pouvait les démasquer selon la joie ou la peine qui s’exprimait sur leur visage devant la scène.


J’ai eu beau faire cent fois le tour de l’arène, aucune porte de sortie.


Le 7 octobre 6013, je m’élançais éperdument dans une dernière course désespérée, un dernier coup de cornes dans le vide, avant de retomber la tête dans la poussière, sous les cris et les bravos en faveur du mensonge, de la haine et du malheur. Déjà, je n’entendais plus rien qu’un brouhaha sourd.


Quelques heures plus tard, au terme d’une douce agonie, mes seules pensées se concentraient sur l’organisation de la cérémonie funèbre, qu’elle soit digne, comme je l’avais été au combat, stupidement, à l’instar de tous les perdants.


À vrai dire, peu importe l’exultation de mes bourreaux, enfin le repos, enfin l’absence de lendemain sordide, enfin le silence, enfin le vide, enfin ce que ceux de l’autre rive appellent la mort. Un long, long, très long sommeil. Plus aucun besoin, plus aucun désir, le nirvâna en quelque sorte. Renoncement, abdication, ... lâcheté ? J’aurais voulu vous y voir... Jamais saut dans le vide ne fut si difficile, veuillez me croire. Un chagrin abyssal avait encouragé mon geste, la solitude infinie d’un ours blanc sur un morceau de banquise à la dérive, perdu dans un glacial océan.


Même si la période qui s’ensuivit était un purgatoire, elle était bien douce à vivre, je vous l’assure, au regard de la vie qui la précédait. Une seule chose à lui reprocher, jamais l’on en sort vraiment, c’est une voie à sens unique, et peu importe ce que les experts en disent, peu importe qu’ils le croient ou non, si comme moi ils s’étaient convaincus de descendre, ils n’en seraient pas revenus.


Vous pouvez toucher mon côté et vous convaincre que je suis bien là, cela ne changera rien. Certes, comme avant vous me voyez, vous m’entendez, comme je vous vois et vous entends, alors vous croyez que nous sommes vivants l’un et l’autre. Pourtant, aujourd’hui, à cette heure, c’est mon âme qui vous parle, un hologramme de chair et de sang, des particules reliées par des forces quantiques, bosons et baryons agglomérés par des gluons, cela fait-il une vie ? Je pense mais je ne suis plus, quoi qu’en dise René.


Dans ses premières méditations métaphysiques, il s’appuyait sur ses rêves pour expliquer que s’il existe c’est qu’il pense et vice-versa ; s’il faut le croire, il me suffit pour exister d’être prisonnier de ce long rêve dans lequel je me suis plongé pour exister à jamais, si l’on ne meurt qu’une fois.


Quant à vous mes chères sœurs et frères, désolé mais vous n’êtes que les simples personnages de cette douce rêverie.


Après ma mort, que mon ennemie fêta dans une orgie de haine, croyez-vous qu’elle brûla la planche que j’avais tracée pour les travaux du grand jour ? Surtout pas, elle la confia à Belzebuth pour qu’il construise le temple que j’avais dessiné.


Mais lors de mon réveil sur le chantier, au royaume d’Hadès, tout circulait à l’envers, sinistrorsum, ça ne s’invente pas ; on y forgeait des chaînes pour les vices et brûlait les couronnes tressées pour les vertus. On encourageait les turpitudes et les maléfices. 


L’atelier fut mis à feu et à sang. Chacun avait oublié toute idée de fraternité et tout souci de vérité. Au terme de leur forfait, les diables ont disparu, leur spectre s’est évanoui dans les vapeurs des flammes.

Mais peu importe ces anges déchus.


Aujourd’hui, je suis l’orateur de la Loge ; une chance que l’on m’ait confiée ce poste, alors que j’avais eu l’audace de briguer la fonction suprême, sans la mériter m’a-t-on dit. Ainsi, dans ce rêve profane, je suis souffleur, bien que je sois le seul à connaître le texte par cœur ; je voudrais brûler les planches, je voudrais prendre ma revanche, oui mais voilà, le grand ordonnateur ne croit plus en mon talent d’acteur ; il dit que connaître les rituels ne suffit pas, qu’il faut savoir jouer d’illusion pour bien incarner son personnage. 


Pour ma part, je préfère les vérités aux jeux de rôle, et j’ai toujours autant de mal à croire ce que je ne comprends pas.


Mais pour autant, ai-je vraiment envie de me réveiller à une place d’honneur, et d’en assumer toutes les Responsabilités ?


Est-ce que je veux retrouver ma vie d’avant ? Une bien triste vie en vérité, écrasée sous la charge, le poids des exigences et des injonctions contradictoires ; une vie régie par le jugement permanent que je me croyais condamné à porter sur les choses, sur les gens et sur moi-même, l’échelle du bien et du mal pour seul instrument, un fil à plomb qui relie le ciel à la terre, mais aussi l’éden à l’enfer.

Sans doute est-il temps de voyager d’est en ouest, du nord au sud au détour des chemins courbes sur lesquels me guident mes nouveaux maîtres. Voir autrement la lumière enfin, du jour qui point jusqu’à son terme. 


Ici, les grades sont obtenus de par l’autorité d’un véritable Maître, oui, j’ai bien dit véritable ; et si pouvoir lui est conféré, c’est par la seule volonté des Frères de l’Atelier. Je veux désormais vaillamment mais sereinement et discrètement tailler ma Pierre, apprendre à croire enfin à la récompense d’un travail appliqué, faire confiance à la droiture, oublier pour toujours durant 12 heures au moins les turpitudes du monde profane, voir l’infini des lacs d’amour, me reposer par le travail sacré, connaître ma place, respecter les grades en ne me soumettant qu’à des ordres justes, me laisser toucher par l’intelligence sensible autant que par la vérité des sciences.


Puisque le Vénérable Maître est à l’Orient, que tous les postes sont pourvus et que nous avons l’âge, ici au moins, tout est juste et parfait ; alors enfin, je maçonne donc je suis.

 

Où est le monde du rêve ? Où est la vraie vie ?

 

Avec ce retour à la sérénité, d’autres questions se posent : ce cauchemar n’était-il pas la juste sanction de mon extravagante vanité ? Sans ambition, je n’aurais pas eu à subir une telle déception. Ma meurtrière mérite-t-elle mon effroyable colère pour mon assassinat ? 


Ne serait-elle pas que le simple instrument de ce drame ? Peut-être, mais dans le doute, qu’on lui tranche la gorge, qu’on lui arrache le cœur, qu’on démembre son corps, que l’on brûle les oripeaux de son cadavre et que l’on répande leurs cendres aux quatre coins de l’univers, de sorte à ce que de mémoire d’homme, il n’en reste rien parmi les honnêtes gens !

 

Quant à moi, je maçonne donc je suis, je maçonne donc je vis.

 

J’ai dit

Giordano Bruno



From zenith to nadir


Worshipful Master, and all my sisters and brothers in your grades and qualities, as a

preamble, I must warn you of the darkness of this gloomy board, and ask you to consider

above all the symbolic nature of what you are about to hear.


"The devil investigator had been caught in the trap of his investigations, so he decided to leave a testimony before sinking: "I won't tell you my name. You will never see my face. You'll pass me by without seeing me... Yet my past was glorious. In my field, I was considered the best. The best, until that cursed day..."


My sisters and brothers, you have agreed to renounce your former life to be reborn as Masons; I have lived a similar adventure, in another universe. But I didn't decide it, I didn't choose it, it was imposed on me; I've come here to tell you about this misadventure.


When I was alive, I descended a steep, slippery staircase into darkness, and never came back up.

In the world above, sense had lost its way. Those who loved me seemed to want to talk to me in an attempt to save me, but enclosed in my glass bubble, I heard only reproaches, in a deafening silence. I worked during the day, started again at night, and had been doing so for months, gradually sinking into the quicksand of absolute melancholy. The day's worries had not even been dealt with, and the torments of the following day were already looming over them. Whether they should have

been mine alone or not, that's how I perceived them, caught up in the endless screw of

depression.


In the bestiary of my enemies, a new entry stood out. An ordinary enemy, I thought at first,

whom I thought I'd overcome quickly, because she wasn't intelligent. But it didn't really matter to her: she'd never believed that this quality had ever served any purpose, and from

experience she knew she didn't need it. In her opinion, perfidy was a far more useful asset,

provided it was practiced with talent; in fact, she was right, and the outcome proved it. In

short, she was the dregs of the human race, Belial disguised as a granny, and all the more

formidable for it.


I was an Andalusian bull, and she a matador; to each of my assaults, she dodged; impalpable, unfathomable, nothing seemed able to reach her, like an evil ectoplasm; Sekmeth obeying Ré, a mygale, a black mamba, she carried death inside her. No one would believe her capable of it even today, so I'll remain the only one to have revealed it, but I had to pay a high price for it, lose my life, the life before, the one lived by those who think they're alive.


The macabre broom unfolded in front of a huge crowd of passive spectators, either cynical and interested in the outcome for their benefit, or righteous but powerless, who could be unmasked by the joy or sorrow expressed on their faces in front of the stage.


No matter how many times I circled the arena, there was no way out.


On October 7, 6013, I rushed headlong into a last desperate race, one last blow of my horns

into the void, before falling headlong into the dust, under the shouts and bravos in favor of

lies, hatred and misfortune. Already, all I could hear was a dull hubbub.


A few hours later, at the end of a sweet agony, my only thoughts were focused on the

organization of the funeral ceremony, whether it would be dignified, as I had been in battle,

stupidly, like all losers.


To tell the truth, it didn't matter how exultant my tormentors were, at last rest, at last the absence of a sordid tomorrow, at last silence, at last emptiness, at last what those on the other side called death. A long, long, long sleep. No more needs, no more desires, nirvana as it were. Renunciation, abdication, cowardice? I'd like to have seen you there... Never was a leap into the void so difficult, please believe me. An abyssal sorrow had encouraged my gesture, the infinite solitude of a polar bear on a piece of drifting ice floe, lost in an icy ocean.


Even if the period that followed was a purgatory, it was a sweet time to be alive, I assure you, compared to the life that preceded it. There's only one thing wrong with it: you never really get out, it's a one-way street, and no matter what the experts say, no matter whether they believe it or not, if they'd convinced themselves to go down like I did, they wouldn't have come back.


You can touch my side and convince yourself that I'm really there, but it won't change a thing. Certainly, as before, you see me, you hear me, as I see you and hear you, so you believe that we are both alive. Yet today, at this hour, it's my soul speaking to you, a hologram of flesh and blood, particles linked by quantum forces, bosons and baryons agglomerated by gluons, does that make a life? I think, but I am no longer, whatever René may say. In his early metaphysical meditations, he relied on his dreams to explain that if he exists, it's because he thinks and vice versa; if he is to be believed, all I have to do to exist is to be a prisoner of this long dream into which I've plunged myself to exist forever, if we only die once.


As for you, my dear sisters and brothers, I'm sorry but you are merely characters in this

sweet reverie.


After my death, which my enemy celebrated in an orgy of hatred, do you think she burned the board I'd drawn for the work of the big day? Certainly not, she entrusted it to Belzebuth to build the temple I had designed.


But when I woke up on the building site, in the kingdom of Hades, everything circulated in

reverse, sinistrorsum, you name it; chains were forged for vices and woven crowns for

virtues were burned. Turpitude and mischief were encouraged.


The workshop was set on fire. Everyone had forgotten any idea of brotherhood or concern

for truth. At the end of their crime, the devils disappeared, their specter vanishing in the fumes of the flames.


But those fallen angels didn't matter.


Today, I'm the orator of the Lodge; fortunate that I've been entrusted with this position,

when I'd had the audacity to run for the supreme office, without deserving it, I'm told. So, in this profane dream, I'm a prompter, even though I'm the only one who knows the text by heart; I'd like to burn up the boards, I'd like to take my revenge, yes, but voilà, the Grand Ordonnateur no longer believes in my talent as an actor; he says that knowing the rituals isn't enough, that you have to know how to play illusions to embody your character well.


Personally, I prefer truths to role-playing, and I still find it hard to believe what I don't

understand.


But for all that, do I really want to wake up in a place of honor, and assume all the Responsibilities?


Do I want my old life back? A very sad life indeed, crushed under the weight of contradictory demands and injunctions; a life governed by the permanent judgment I thought I was condemned to pass on things, on people and on myself, with the scale of good and evil as my only instrument, a plumb line linking heaven and earth, but also Eden and hell.


No doubt it's time to travel from east to west, from north to south, along the curved paths my new masters are guiding me along. To see the light differently, at last, as the day draws to a close.


Here, grades are obtained by the authority of a true Master, yes, I did say true; and if power is conferred on him, it is by the sole will of the Brothers of the Workshop. From now on, I want to carve my Stone valiantly but serenely and discreetly, to learn to believe at last in the reward of diligent work, to trust in uprightness, to forget forever for at least 12 hours the turpitudes of the profane world, to see the infinite lakes of love, to rest in sacred work, to know my place, to respect rank by submitting only to just orders, to let myself be touched by sensitive intelligence as much as by the truth of science.


Bruno Giordano




Del cenit al nadir


Venerable Maestro, y a todos vosotros, mis hermanas y hermanos en vuestras dignidades y

oficialias, como preámbulo, debo advertiros de la oscuridad de esta plancha sombría, y

pediros que consideréis sobre todo la naturaleza simbólica de lo que estáis a punto de oír.

Cualquier parecido con hechos reales es pura coincidencia.


"El investigador diabólico se había quedado atrapado en sus pesquisas, por lo que decidió

dejar un testimonio antes de naufragar: "No te diré mi nombre. Nunca verás mi cara.

Pasarás a mi lado sin verme... Sin embargo, mi pasado fue glorioso. En mi campo, se me consideraba el mejor. El mejor, hasta aquel día maldito... ".


Mis hermanas y hermanos, aceptasteis renunciar a vuestras vidas anteriores para renacer

como masones; yo viví una aventura similar, en otro universo. Pero no lo decidí, no lo elegí,

me fue impuesto; he venido aquí para contaros esta desventura.


Cuando estaba vivo, descendí a la oscuridad, por una escalera empinada y resbaladiza, y

nunca volví a subir.


En el mundo de arriba, el sentido había perdido la razón.


Los que me querían parecían querer hablarme para intentar salvarme, pero atrapado en mi

burbuja de cristal, no oía más que reproches, en un silencio ensordecedor. Trabajaba

durante el día y volvía a hacerlo por la noche, y así llevaba meses, hundiéndome poco a

poco en las arenas movedizas de la melancolía absoluta. Cuando ya había resuelto las

preocupaciones del día, los tormentos del día siguiente ya se cernían sobre mí. Debieran o

no ser sólo míos, así los percibía yo, atrapado en el inacabable enrosque de la depresión.

Había una nueva inscripción en el bestiario de mis enemigos. Una enemiga común y

corriente, pensé al principio, a la que no tardaría en eliminar porque no era muy

inteligente. Pero eso no le importaba: nunca había creído que esa cualidad sirviera para

nada y, por experiencia, sabía que no la necesitaba. En su opinión, la perfidia era una baza

mucho más útil, siempre que se practicara con habilidad; de hecho, tenía razón, y el

resultado lo demostraba. En resumen, era la escoria de la raza humana, Belial disfrazado de

abuelita, lo que la hacía aún más formidable.


Yo era un toro andaluz, y ella un matador; esquivaba cada uno de mis asaltos; impalpable,

insondable, nada parecía poder alcanzarla, como un ectoplasma maligno; Sekmeth obedeciendo a Ré, una melena, una mamba negra, llevaba la muerte dentro. Nadie la creería capaz de ello ni siquiera hoy, así que seré el único que lo haya revelado, pero tuve que pagar un alto precio por ello, perder mi vida, la vida anterior, la vida que viven los que se creen vivos.


La macabra escoba se desplegó ante una enorme multitud de espectadores pasivos, bien

cínicos e interesados en el desenlace para su beneficio, bien justos pero impotentes, y

podías distinguirlos por la alegría o la pena en sus rostros frente al escenario.

No importaba cuántas veces diera la vuelta al ruedo, no había salida.


El 7 de octubre de 6013, me lancé de cabeza a una última carrera desesperada, un último

golpe de mis cuernos en el vacío, antes de volver a caer de cabeza en el polvo, ante los

gritos y bravos a favor de la mentira, el odio y la desgracia. Ya sólo oía un sordo barullo.

Unas horas más tarde, al final de una dulce agonía, mis únicos pensamientos se centraban

en organizar la ceremonia fúnebre, para que fuera digna, pues yo había estado en la

batalla, estúpidamente, como todos los perdedores.


A decir verdad, no importaba lo exultantes que estuvieran mis verdugos, por fin había

descanso, por fin no había un sórdido mañana, por fin había silencio, por fin había vacío,

por fin había lo que los del otro lado del río llamaban muerte. Un largo, largo, largo sueño.

No más necesidades, no más deseos, el nirvana por así decirlo. ¿Renuncia, abdicación,

cobardía? Me hubiera gustado verte allí... Fue el salto más difícil que he dado nunca,

créeme. Me espoleó una pena abismal, la soledad infinita de un oso polar sobre un trozo de

témpano a la deriva, perdido en un océano helado.


Aunque el periodo que siguió fuera un purgatorio, fue muy dulce de vivir, te lo aseguro,

comparado con la vida que lo precedió. Es una calle de sentido único, y digan lo que digan

los expertos, lo crean o no, si se hubieran convencido de bajar como yo, no habrían vuelto.

Puedes tocar mi costado y convencerte de que realmente estoy ahí, pero eso no cambiará

nada. Por supuesto, puedes verme y oírme, igual que yo puedo verte y oírte a ti, por lo que

crees que ambos estamos vivos. Sin embargo, hoy, en este momento, es mi alma la que te

habla, un holograma de carne y hueso, partículas unidas por fuerzas cuánticas, bosones y

bariones aglomerados por gluones, ¿eso es una vida? Pienso pero ya no soy, diga lo que

diga René. En sus primeras meditaciones metafísicas, se apoyaba en sus sueños para

explicar que si existe es porque piensa y viceversa; si hay que creerle, lo único que necesito

para existir es ser prisionero de este largo sueño en el que me he sumergido para existir

eternamente, si sólo se muere una vez.


En cuanto a vosotros, mis queridos hermanos y hermanas, lo siento, pero no sois más que

personajes de este dulce ensueño.


7

Después de mi muerte, que mi enemiga celebró en una orgía de odio, ¿crees que quemó el

tablero que yo había dibujado para el trabajo del gran día? Desde luego que no, se la confió

a Belzebuth para que construyera el templo que yo había diseñado.


Pero cuando me desperté en la obra, en el reino de Hades, todo iba al revés, sinistrorsum,

no te lo puedes inventar; estaban forjando cadenas para los vicios y quemando las coronas

tejidas para las virtudes. Se fomentaban la bajeza y la maldad.


Se prendió fuego al taller. Todos habían olvidado cualquier idea de fraternidad y cualquier

preocupación por la verdad. Al final de su crimen, los demonios desaparecieron, su

espectro se desvaneció en los humos de las llamas.


Pero aquellos ángeles caídos no tenían ninguna importancia.


Hoy soy el orador de la Logia; es una suerte que se me haya confiado este cargo, aunque

tuve la osadía de presentarme al cargo supremo, sin merecerlo, según me dijeron. Así pues,

en este sueño secular, soy un apuntador, aunque soy el único que se sabe el texto de

memoria; me gustaría quemar el escenario, me gustaría vengarme, pero el gran

organizador ya no cree en mi talento como actor; dice que no basta con conocer los

rituales, que hay que saber jugar a las ilusiones para encarnar bien a tu personaje.

Personalmente, prefiero las verdades a los juegos de rol, y todavía me cuesta creer lo que

no entiendo.


Pero, a pesar de todo, ¿realmente quiero despertar en un lugar de honor y asumir todas las

responsabilidades?


¿Quiero recuperar mi antigua vida? Una vida muy triste, aplastada bajo el peso de

exigencias y mandatos contradictorios; una vida regida por el juicio permanente que creía

estar condenada a emitir sobre las cosas, sobre las personas y sobre mí misma, con la

balanza del bien y del mal como único instrumento, una plomada que unía el cielo y la

tierra, pero también el Edén y el infierno.


Sin duda ha llegado el momento de viajar de este a oeste, de norte a sur, por los caminos

curvos por los que me guían mis nuevos maestros. De ver la luz de otro modo, por fin, a

medida que el día se acerca a su fin.


Aquí, los grados se obtienen por la autoridad de un verdadero Maestro, sí, he dicho

verdadero; y si se le confiere poder, es por la sola voluntad de los Hermanos del Taller. A

partir de ahora, quiero tallar mi piedra con valentía, pero con serenidad y discreción,

aprender a creer por fin en la recompensa del trabajo diligente, confiar en la rectitud,

olvidar para siempre durante al menos 12 horas las turpitudes del mundo profano, ver los

lagos infinitos del amor, descansar mediante el trabajo sagrado, conocer mi lugar, respetar

los grados sometiéndome sólo a las órdenes justas, dejarme tocar por la inteligencia

sensible tanto como por la verdad de las ciencias.


Desde que el Venerable Maestro está en Oriente, todos los puestos están cubiertos y

somos lo suficientemente mayores, aquí al menos, todo es justo y perfecto; así que, por fin,

soy masón.


¿Dónde está el mundo de los sueños? ¿Dónde está la vida real?


Con este retorno a la serenidad, surgen otras preguntas: ¿no era esta pesadilla el justo

castigo por mi extravagante vanidad? Sin ambición, no habría tenido que sufrir semejante

decepción. ¿Merece mi asesina mi terrible ira por mi asesinato?


¿No es ella simplemente el instrumento de este drama? Tal vez, pero en caso de duda,

¡cortémosle el cuello, arranquémosle el corazón, descuarticemos su cuerpo, quememos los

adornos de su cadáver y esparzamos sus cenizas por los cuatro puntos cardinales, para que

en memoria viva no quede nada de ella entre la gente honrada!


En cuanto a mí, masono luego existo, masono luego vivo.


He dicho

Giordano Bruno

 

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