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  • Bruno Giordano

Le Revenu Universel Inconditionnel : une utopie pour demain ?



Je viens aujourd’hui plancher à l’Orient sur un sujet essentiellement, mais pas seulement, sociétal. En effet, le travail qui nous réunit ici se donne entre autres pour but d’améliorer l’Homme ET la Société.

 



Alors, j’entends déjà subrepticement le reproche d’un courant maçonnique avançant que la politique doit être proscrite en maçonnerie, ce qui sera l’occasion pour moi d’apprendre comment on peut parler de société sans propos politique.

 

Je m’intéresse au RUI en tant que référent de notre Respectable Atelier sur ce thème, car c’est un sujet à l’étude de notre obédience au plan national. Aussi, je me dois de vous dire mon analyse des travaux de la Commission Nationale :

deux courants se distinguent : l’un, philanthropique, considère le RUI comme le meilleur moyen d’éradiquer la pauvreté au sein de l’humanité ; l’autre, plus analytique, voit le RUI comme une théorie économique favorisant le progrès social.

Tout en sachant que le RUI est encore une utopie, à l’instar de toutes les grandes idées qui ont fait avancer les sociétés, l’impôt redistributif, la sécurité sociale, l’égalité des genres… et au-delà de l’absolue nécessité d’éradiquer la misère, qu’un tant soit peu d’humanité convainc à reconnaître, je suis plus proche du courant rationaliste, car aucun projet ne saurait se contenter de vertu, il lui faut aussi trouver les moyens de sa mise en œuvre.

J’en suis plus proche, mais je suis également plus ambitieux que ses promoteurs actuels, car pour parodier Mark TWAIN, nous savons que c’est impossible, donc il faut le faire.

 

Commençons par évaluer l’ampleur de la misère à travers le monde :


Les seuils utilisés par La Banque mondiale pour mesurer l’évolution de la pauvreté sont au nombre de trois :

-        d’une part l’extrême pauvreté, 2,15 dollars par jour, soit 64 dollars par mois, montant en dessous duquel vivent 700 millions de personnes soit 10% de la population mondiale. Bonne nouvelle, il y a 35 ans ce chiffre était de 36%. Observons que plus de 60 % de cette population sont des femmes.

-        3,65 dollars par jour, soit 110 dollars par mois, montant en dessous duquel vit une personne sur quatre

-        6,85 dollars par jour, soit 205 dollars par mois, montant en dessous duquel vit une personne sur deux

Ainsi, nous devons nous rassurer en observant que 50% de la population mondiale vit avec plus de 191 € / mois.

Plus près de nous, en France métropolitaine en 2021, 9,1 millions de personnes, soit 14,5 % de la population, vivent sous le seuil de pauvreté monétaire, fixé par convention à un revenu disponible de 1 158 euros par mois pour une personne vivant seule et de 2 432 euros pour un couple avec deux enfants âgés de moins de 14 ans. 

Par ces chiffres, je souhaite souligner l’importance de la lutte contre la pauvreté et les inégalités afin de tenter d’assurer un meilleur bien-être pour tous.

Mais ce qui est le plus saisissant, quand on a observé l’état de misère dans lequel est plongée une grande partie de l’humanité, plus particulièrement dans certaines régions du monde, mais également au cœur des pays les plus avancés au plan économique, c’est l’existence d’une richesse étourdissante.

 

Les 15 personnes les plus riches au monde possèdent 2000 milliards de dollars. La quinzième est une femme, c’est la fille de mamie shampoing. Pour vous donner un ordre d’idées, car ces chiffres donnent le vertige, le PIB de la France en 2023 était de 2832 milliards de dollars, alors que celui du Bangladesh était de 461 milliards de dollars pour 169 millions d’habitants. Oui, vous avez bien entendu, 169 millions de personnes se partagent ce que possèdent les 3 personnes les plus riches sur la terre.

 

En France, l'INSEE souligne que les inégalités de patrimoine ont augmenté entre fin 2018 et fin 2021. Les 10% les plus riches ont depuis un patrimoine d'au moins 716.000 euros d'actifs - je lis sur quelques visages la satisfaction d’en faire partie, et encore, nous ne sommes pas en maçonnerie bourgeoise, alors que les 10% les plus pauvres possèdent au maximum 4.400 euros, soit 163 fois moins.

 

Plus précisément, les 10% les plus riches détiennent plus de la moitié des richesses nationales, quand les 50% les plus pauvres se partagent moins de 10 % du gâteau ; c’est facile à retenir : 10% possèdent 50%, 50% possèdent 10%.

 

La France comptait 141 milliardaires en 2023 contre 55 dix ans plus tôt.

La fortune totale des 500 français les plus riches, soit 1 170 milliards d'euros, représente 41 % du PIB.

 

Pourtant, la France est un pays où l’égalité, nous l’acclamons ici, est une valeur fondatrice, voire cardinale, et elle figure parmi les pays les moins inégalitaires ; alors vous imaginez ce que cela peut donner ailleurs.

Il existe un indice de mesure des inégalités, l’indice GINI : il est d’environ 26 en Belgique, 31 en France, et de 63 en Afrique du Sud : là-bas, 10% de la population possède 80% des richesses, et les 80% les plus pauvres ne se partagent que 10% du magot !

 

Mais la fraternité, que nous acclamons lors de nos tenues, reste encore un objectif lointain : nous « bénéficions » d’un système fiscal qui favorise les plus riches et pèse sur les plus pauvres.

Selon les recherches menées par Thomas Piketty, célèbre économiste français, les 0,1% les plus riches de la population paient proportionnellement moins d’impôt que 70% de la population active française.

Ainsi, la suppression de l’impôt sur la fortune, entre autres, aggrave les inégalités sociales.

 

J'espère ainsi vous avoir convaincu de l'état criant d'insupportable inégalité dans lequel se trouve notre humanité, prétendue civilisée, au vingt-et-unième siècle.

Il faut sans doute tenter de réduire ces inégalités en commençant en urgence par éradiquer la misère.

Certains pensent que l'on pourrait peut-être réduire la misère sans s'indigner de l'indécente richesse ; ce n'est pas mon cas : en fait, j’affirme que la cause première de la pauvreté, c’est la richesse indécente, qui n’est aucunement utile, mais contreproductive, et immorale, même dans les cas où elle a été honnêtement acquise.

 

Alors, puisqu’il faut ériger le RUI en système, j’en suis convaincu et je m’emploierai avec force et vigueur à tenter de vous en convaincre également, après l’état des lieux, qui répondait à la question « où en est la misère en ce monde ? », poursuivons par une analyse, en nous demandant « comment nous avions pu en arriver là ? » :

 

Observons que depuis l'apparition de l'agriculture au Néolithique, Le commerce est l'une des plus anciennes et plus importantes inventions de l'humanité. Certains le considèrent même comme l'origine de la civilisation, puisque l'écriture semble avoir été inventée il y a 5500 ans par les commerçants sumériens pour permettre la comptabilité de leurs échanges.

 

À cette époque, la notion de propriété privée a commencé à émerger, notamment avec la sédentarisation dans les grottes et la création d’habitats précaires. Les individus cultivaient les terres où ils passaient, marquant ainsi un tournant majeur dans l’histoire de l’humanité.

En effet, un jour, un sumérien a planté sa lance dans le sol et a dit à ceux qui pouvaient l’entendre que la terre qui l’entourait était la sienne. Un autre lui ayant répondu qu’elle était aussi la sienne et celles de tous ceux qui voudraient la fouler, il reçut en retour la lance du premier en plein cœur. La propriété était inventée.

 

Et depuis, personne n’a vraiment osé remettre les choses en question, malgré toutes les évolutions qui auraient dû favoriser une approche plus civilisée du monde.

 

En effet, la Pensée la plus répandue dans l’humanité est aujourd’hui favorable à la paix, au calme, à la tempérance et au respect des autres et de soi-même, que l’on soit Russe, Israélien, Mahorais, ou résidant d’une banlieue où la barbarie peut émerger sans crier gare.

Nul ne saurait parmi eux, pas plus que parmi nous, légitimer la violence qui inflige la mort, d’affreuses douleurs et fait couler le sang pour s’accaparer les terres et les richesses.

Notre art, que je me refuse à appeler « royal », dans sa volonté d’accomplissement du Grand-œuvre de fraternité et de concorde universelle, reprend cette douce pensée à son compte.

 

Toutefois, chacun s’emploie à défendre la propriété qu’il considère être la sienne : ainsi, la terre ukrainienne serait pour certains russes une terre russe, et plus étonnement, étant donnée l’éloignement, une petite île de l’océan Indien dénommée Mayotte, à l’instar d’autres îles et territoires à travers le monde, serait une terre française.

 

La propriété s’est ainsi imposée, par des moyens que le temps, l’oubli et la résignation ont rendue licites.

Personnellement, disposant de quoi vivre en sécurité matérielle sauf bouleversement majeur, je ne saurais m’en plaindre.

Mais cette notion de propriété, à laquelle la plupart d’entre nous croit, a rapidement connu des dérives qui ont rendu le monde totalement inégalitaire et très peu solidaire, où tout ce qui est inutile aux riches nuit à ce qui serait nécessaire aux pauvres.

J’affirme ainsi que si les conflits barbares perdurent, et si les progrès de l’humanité sont si lents et parfois irréguliers, c’est du fait de la démente concentration capitalistique, et de son corollaire, la propriété sans limite.

 

Pour se justifier, les riches ont créé les religions, se sont déclarés représentants du dieu qu’ils avaient inventé, et ont poursuivi leur accumulation de richesses par l’exploitation en son nom, grâce aux compromissions suffisantes pour assurer la stabilité du système.

Dynasties, tyrannies, monarchies, oligarchies, féodalités, pseudo-démocraties, … aucun des systèmes de gouvernance n’a, à ma connaissance, échappé à la règle de la concentration capitalistique.

L’accumulation des richesses a toujours été le but, avoué ou non, de tout dirigeant, de tout détenteur d’un pouvoir quelconque.

Bien évidemment, dans quelques minutes, d’aucuns avanceront qu’une tentative de société socialement égalitaire a vu le jour il y a un siècle, à l’est de l’Oural ; eh bien je réfuterai qu’il se soit agi d’une expérience égalitaire et favorable au bien commun, car Joseph Vissarionovitch Djougachvili, allias Staline, fut l’un des hommes les plus riches que l’humanité ait connus, donc un grand capitaliste.

 

Si plaisir de vivre est bon, il doit être possible à tous, et non à la minorité de ceux qui se vautre dans la surabondance.

 

Pour aboutir à cela, le RUI constitue une évidence, et la seule question à se poser est celle de son financement.

 

Pour ce faire, avant « d’aller prendre l’argent là où qu’il est », comme l’aurait dit le succulent Georges MARCHAIS au non moins savoureux Jean-Pierre El Kabbache dans leur numéro de duettistes, (seuls les + de 55 ans peuvent comprendre), bon, avant de rechercher des financements nouveaux, réorganisons les 834 milliards d’€, (1/3 du PIB), de prestations sociales.

 

De plus, la gestion beaucoup plus simple du RUI, au regard de celle de la myriade d’aides précédentes, représente une économie conséquente, ce qui hérite évidemment au financement du dispositif, principe cher aux plus libéraux, notamment au plus célèbre d’entre eux, Milton FRIEDMAN, père du néolibéralisme, prix Nobel d’économie, puisqu’il milite lui aussi pour le RUI, considérant que la pauvreté n’est pas favorable à la bonne santé économique des nations.

 

En matière d’impôts sur le revenu, le système devient hyper simple, puisqu’il n’existera plus que 2 taux :

-        0% en-dessous de 120 000€ / an pour une personne seule et 200 000€ pour un couple

-        100% au-dessus

 

D’aucuns viendront ici m’accuser d’égalitarisme, m’attendant au tournant du collectivisme, je m’en doute. Eh bien je leur répondrai qu’en matière d’égalitarisme, entre 2 000€ / mois et 10 000€ / mois, il y a de la marge, et suffisamment d’écart pour motiver la production de valeur ajoutée par son travail ; à titre personnel, 5000€ m’iront très bien.

 

On abandonne aussi l’espoir vain d’un hypothétique « ruissellement », que les partisans du capitalisme social nous promettent : on l’a bien vu, rien ne ruisselle.

Attendre servilement que dans leur immense générosité, les ultras riches daignent alimenter l’économie est totalement illusoire, à l’épreuve des faits.

 

« Patrice », me direz-vous, « et la valeur travail, tu en fais quoi ?! »

Mais comment ça la valeur travail ? Vous voulez dire la valeur DU travail, la valeur horaire du travail… cette valeur du travail qui fait que les uns veulent le payer le moins cher possible, et que les autres veulent en faire le moins pour le même prix ?

Eh bien elle est belle votre valeur travail !

Allez, vous le savez bien, il n’y a plus aucun rapport entre l’argent et le travail, pour peu qu’il y en ait eu un un jour.

« Ton RUI va encourager les fainéants à paresser et à profiter des revenus de substitution au travail ! »

Profitez de quoi, puisqu’il n’y aura désormais plus aucune allocation à quémander ? La seule allocation est déjà acquise, elle est naturelle et juste, et elle s’appelle le RUI.

Thomas MOORE, dans Utopia, au XVIème siècle, imaginait déjà un monde idéal où la propriété était le bien commun de tous les citoyens, « La richesse nationale est si également répartie que chacun y jouit en abondance dans toutes les commodités de la vie ».

Notre F.·. Thomas Paine, citoyen américain député de notre Assemblée Nationale de 1792, a aussi défendu l’idée d’une dotation inconditionnelle versée à chaque adulte.

Mais avant ça, la Bible, ce roman apocryphe réalisé en coédition, dans certains chapitres, soulignait que la terre est à tous.

Ainsi, le RUI peut être considéré que comme le juste partage des ressources de la planète, bien commun de l’humanité, et absolument pas une aumône consentie par les contribuables aux incapables sociaux.

 

Je vous retourne la question : et vous, qu’en avez-vous fait de la valeur travail, à la suite de Saint Augustin, de John LOCKE, Adam SMITH et j’en passe, tous ces théoriciens du capitalisme au service des possédants ?

Ils ont décrété que le propriétaire d’un bien de production pouvait à sa guise en tirer un profit personnel, et que s’il employait l’un de ses congénères pour faire fonctionner cet outil, il ne lui devait que le temps qu’il lui avait pris, sans rapport avec le profit de la production.

Pour ma part, plutôt que de reconnaître les droits absolus que confèrerait la réussite économique, je préfère considérer le principe d’altérité et de coopération à une compétition dans l’appropriation abusive.

 

TAYLOR, lui aussi servile adorateur du mythe de l’entrepreneur, en a remis une couche, en vertu du mépris de l’ouvrier, qu’il considérait comme « voleur et tricheur », et qu’il faut en conséquence soumettre aux processus décidés par les cadres, et à la cadence des machines.

Et tout cela sans limite pour le profit du patron, « Henry FORD » par exemple. Ce système connait toutefois une limite, mais elle s’impose à l’ouvrier, cet individu de second rang : « five dollars a day », de quoi bien vivre puisqu’il pouvait ainsi accéder à l’achat ultime, une Ford !

 

Mais encore, est-ce que vous pensez une minute que les mille plus grosses fortunes du monde, parmi lesquelles figurent en très bonne place un certain Pablo ESCOBAR, 59 milliards de dollars, ou encore Vladimir Poutine, 215 milliards de dollars, aient été acquises par le travail… ?

 

Par ailleurs, les capitalistes libéraux songent partage de la valeur, Rachat de l’Entreprise par les Salariés, intéressement…

C’est sans doute pour éviter les réactions trop vives ; ils sont conscients des révoltes qui grondent. Au fond d’eux, et bien renseignés qu’ils sont, ils savent déjà que la vraie justice sociale va tôt ou tard s’imposer.

 

Le Pacte mondial des Nations-Unies a d’ailleurs conçu « le salaire décent », notion définie à l’échelle mondiale, soit qui garantit aux salariés un salaire au moins équivalent au « living wage », qui permet de subvenir aux besoins essentiels tels que le logement, et l’alimentation, ainsi que d’assurer les frais de santé, l’éducation des enfants et la constitution d’une épargne de précaution.

Eh bien le RUI, c’est une rémunération décente en contrepartie de l’activité naturelle d’existence.

 

Un peu d’audace que diable ! Soyons entreprenants ! Le RUI bon sang, osons le RUI !

 

Vous aurez compris de vous-même que seuls les très très très riches auront à se plaindre de la réforme.

C’est marrant ça, les petits bourgeois sont toujours prêts à défendre les ultras riches, tentant de s’identifier à eux, flattant ainsi leur ego. En revanche, pour les ultras riches, simples riches ou pauvres ne sont que des paumés de la même engeance, soyez-en sûrs.

 

Enfin, les biens de cette terre revenant de droit à tous ses occupants, chaque citoyen profitera de l’héritage de tous les membres de la communauté, des vivants et de toutes les générations antérieures.

 

Comment ? Eh bien tout simplement par une fiscalité sur les successions tout aussi simple que celle appliquée aux revenus : chaque défunt pourra laisser 200000€ à chacun de ses enfants sans aucun droit de succession à payer, soit 0%.

Au-dessus, 100%.

 

Cet héritage de la communauté à la communauté est à la fois justification du système et logique de fonctionnement du dispositif, comme source de financement.

 

Vu ainsi, quelle proportion de la population verrait-elle ses ressources diminuer ? 3% ? 5% ?

Et de fait, la part de ceux dont les revenus augmenteront ? 95%, ou 97%.

Et tout cela rien qu’en ramenant les revenus et patrimoines indécents des ultra-riches à un niveau respectable, en annihilant la fraude fiscale et la fraude sociale.

 

Arrêtez de croire que les nations ont besoin des ultras riches, c’est un fantasme aussi stupide que la crainte que le ciel puisse vous tomber sur la tête.

 

En conclusion, à l’adresse de nos bien-aimés milliardaires, mais également à celle de tous ceux qui se refusent à croire au possible équilibre de la répartition des richesses, je reprendrai à mon compte l’espérance de Camus : « La vraie générosité envers l’avenir consiste à tout donner au présent ».

 

Il existe une alternative au RUI, c’est l’inaction et le maintien d’un ordre inégalitaire, injuste et voué à un étouffement rapide sous l’effet du réchauffement climatique et politique.


Bruno Giordano

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