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  • Christine Hilcenko

La Franc-Maçonnerie – Entre Tradition et Modernité

Dernière mise à jour : 12 mai

Une définition de la Franc-Maçonnerie est que c’est une union d’hommes et de femmes de bien, appelés à collaborer à une même œuvre constructive, figurée allégoriquement par l’édification du Temple de Sagesse, et ouverte à tous les artisans d’une humanité meilleure et plus fraternelle.


La vocation de la Maçonnerie est de rassembler ce qui est épars, d’être le centre de l’union . Elle n’est pas de privilégier telle croyance ou telle attitude, mais de permettre la confrontation de toutes les tentatives d’explication et de recherche de la vérité.


Vous retrouverez ici les grandes tendances à l’œcuménisme et à l’universalisme que la Franc-Maçonnerie a toujours voulu incarner à travers ses différents avatars.


Mais à cet objet que je trouve un peu trop limitatif et contraignant, j’en préfère un autre qui correspond mieux à mon tempérament et à mon attente, et que j’emprunterai à OSWALD WIRTH :

« Le Maçonnisme, c’est construire soi-même sa philosophie, c’est le but de chaque homme libéré de tout dogme et qui se sent capable de méditer, d’assembler des concepts et de les coordonner à sa convenance. »

 

La seule certitude que nous avons est que nous vivons.


La vie construit des organismes simples, puis de plus en plus complexes, individuels puis collectifs, à partir des atomes et des molécules dispersées dans l’univers.




Une des grandes loi de la vie serait donc : construction et complexification croissantes.


Le but de notre recherche serait alors de tenter de concevoir un système intégrant une vision globale du cosmos, permettant la compréhension des lois universelles et de la place de l’homme dans l’univers, et dans cette optique, l’esprit de la Franc-Maçonnerie est une recherche spirituelle tendant à intégrer l’homme au cosmos et à le faire participer à cette harmonie qu’il pressent intuitivement lorsqu’il médite sur ses origines, quelle que soit la forme qu’il leur donne par ailleurs.

 

Arrivés à ce point, il importe de rappeler une notion essentielle que même des Maçons confirmés ont parfois tendance à perdre de vue, ce qui dévoie souvent leurs actions, c’est que la Franc-Maçonnerie est une société initiatique, et que toute société initiatique a pour fonction de transmettre une tradition.


Même si ceux qui le font à présent n’en ont que peu conscience, il suffit qu’ils le fassent, et qu’ils le fassent bien, pour que d’autres après eux puissent en bénéficier. C’est là un devoir essentiel que nous avons à assumer.


La Maçonnerie ne s’articule pas autour d’une doctrine, d’un dogme ou d’un enseignement quelconque, elle est structurée autour de rites et de symboles axés sur une démarche d’action et de construction, à la différence d’autres Ordres initiatiques fondés sur une approche plus contemplative, et sans même proposer d’interprétation exhaustive, elle laisse à chacun le soin d’effectuer son propre cheminement.


A l’inverse d’une religion, qui elle aussi se constitue autour d’un rite spécifique, la Franc-Maçonnerie prétend que n’importe quel rite cohérent qui implique un processus initiatique peut ouvrir les voies de la Connaissance et permettre à l’homme d’effectuer sur soi un travail en profondeur.


De fait, en Maçonnerie, on ne devrait pas pouvoir jeter l’ anathème sur un autre Ordre initiatique, une obédience ou une religion suivant des voies parallèles et poursuivant le même but.


La Maçonnerie est avant tout un sentiment, un état d’esprit consenti et vécu sans contraintes ! Sinon à quoi bon ?

 

Les rites sont des psychodrames destinés à être vécus intérieurement, et les symboles des moyens de susciter, d’entretenir et d’alimenter la méditation, la réflexion.


La mise à jour d’un rituel n’est pas un iconoclasme en soi, car ceux que nous pratiquons actuellement ne sont plus, bien sur, ceux de nos ainés, mais l’important, et je reconnais que cela est difficile et nécessite beaucoup de prudence, c’est d’en garder le sens profond en rajeunissant les moyens, sans pour autant le dénaturer ni lui faire perdre une partie de sa signification.

Nous en particulier, Franc-Maçons du Droit Humain qui avons créé une forme particulière du travail maçonnique, mixte, différente de la pratique qui excluait nos Sœurs, devons, tout en veillant à la tradition, support de l’esprit maçonnique, faire preuve d’innovation et d’ouverture.

 

La vie construit, disions-nous plus haut, mais dans quel but ? suivant quels plans ? Construire, c’est coordonner avec intelligence pour tirer l’harmonie du chaos universel. Est-ce la le plan du Grand Architecte De l’Univers que certains d’entre nous invoquent ?


Gardons en mémoire la devise de notre Ordre : ORDO AB CHAO.


Chacun de nous représente une œuvre inachevée, et en nous perfectionnant nous nous associons à ce travail d’organisation, de complexification, qui semble la finalité de la vie et que nous symbolisons par l’édification du Temple de l’Humanité à laquelle nous travaillons.


Le symbolisme de la Maçonnerie Bleue, fondé essentiellement sur l’art de bâtir des constructeurs, nous rappelle que l’homme est une pierre vivante capable de se tailler elle-même, conformément au plan et à sa destination dans l’édifice à bâtir, et lui confie les outils nécessaires à ce travail.

 

Dans cette optique, l’individu ne pouvant agir efficacement que sur lui-même, c’est en s’impliquant personnellement qu’il pourra agir sur un domaine extérieur à sa sphère propre, et s’associer ainsi à l’œuvre générale. L’art royal serait donc d’apprendre à se construire pour mieux apprendre à vivre, et à ceci se rattache tout le symbolisme que nous vivons actuellement.


Une des qualités fondamentales demandées à un bâtisseur est d ‘être optimiste car il travaille essentiellement pour l’avenir.


Celui qui, parmi nous, ne croit pas en la perfectibilité de l’homme, se mettrait en contradiction avec son adhésion à la Franc-Maçonnerie qui travaille au perfectionnement individuel et collectif de l’Humanité.

 

On peut admettre que le seul être que l’on peut essayer de vraiment connaître dans sa totalité est soi-même, si faire se peut, et que, à fortiori, tous les autres nous resterons toujours partiellement méconnus.


La seule façon que nous ayons donc de vraiment coller à la réalité de l’univers est de nous intérioriser, de plonger en nous, et la Franc-Maçonnerie l’a bien compris et illustré par la formule V.I.T.R.I.O.L.


C’est par la connaissance de soi que l’on accédera à la connaissance des autres et du monde qui nous entoure, d’où la nécessité d’intérioriser la démarche initiatique que nous réalisons dans nos loges.

SHAKESPEARE fait dire à Hamlet :

« Pour bien connaître un homme, il faut d’abord se connaître soi-même »

et ceci nous renvoie à la maxime figurant au fronton du temple de Delphes : « Connais-toi toi-même »


Le cheminement initiatique, tout en nous conduisant à la rencontre de notre Moi intérieur, nous ouvre également à l’univers et à tous les autres.


La méthodologie que nous propose pour cela la Franc-Maçonnerie consiste, par le perfectionnement individuel, à accéder à celui de la société, et à acquérir de nouvelles formes de penser et d’agir, mais auparavant il est nécessaire de dépouiller totalement le vieil homme de ses scories et de ses préjugés avant la renaissance initiatique, d’ou l’importance de la formule alchimique précitée.

 

L’initié à l’art de bâtir comprend la vie et s’associe à son œuvre, qui est notre Grand Œuvre. Il est à la fois matière et agent constructeur de ce monde en constante évolution, devenant par la-même l’image du Grand Architecte. Toutes ces opérations sont intimes, mais notre rituel qui les évoque devient inutile si son symbolisme n’est pas approfondi et intériorisé par chacun de nous au cours des tenues.


L’initiation que la loge confère n’est que théorique et plus ou moins bien mise en œuvre, mais l’initiation réelle ne peut être qu’intérieure et personnelle. Elle résulte de la méditation, de l’approfondissement et de la transformation progressive de soi.


Puisque nous l’avons vu, tout se construit, il faut donc commencer par se construire soi-même et chacun de nous ne vaut que comme un maillon de cette chaine de la vie. Bien vivre, c’est se sentir en harmonie avec son environnement.

 

Je sais bien que cette recherche peut paraître secondaire ou désuète à certains Maçons pour qui l’action de la Franc-Maçonnerie doit avant tout déboucher sur le monde extérieur.


Mais si je conçois que des services peuvent être rendus par une communauté au sein de laquelle chacun est libre d’exposer ses opinions, ou aucune ne prédomine sur les autres, et ou règne la fraternité, je maintiens que les deux aspects sont indissociables, s’agissant d’une société initiatique, si l’on veut réellement entrer en harmonie avec les autres êtres constituant le macrocosme ou nous vivons.


Si le Maçonnisme d’OSWALD WIRTH est l’idéal vers lequel nous tendons et que je viens de tenter de définir, la Maçonnerie est la pratique des loges et des obédiences que nous connaissons, et la société humaine est le temple dont nous sommes à la fois les bâtisseurs et les matériaux.

 

La démarche maçonnique est par essence individuelle et progressive, nous l’avons dit et redit, mais le Franc-Maçon ne peut progresser dans la solitude. La transmission de la Tradition repose sur la pratique des rituels et oblige à une intégration assidue au sein d’une loge. L’égrégore qui se réalise parfois va alors le marquer et le rendre réceptif à l’harmonie à laquelle nous aspirons.


La loge est un creuset ou s’opèrent les transmutations de l’être, c’est un accumulateur de connaissances et d’expériences individuelles nécessaires à toute opération de construction.


On y choisit les architectes, on y dresse les plans et on y taille sans cesse les innombrables pierres à mettre en œuvre, c’est pourquoi on ne dira jamais assez que l’assiduité est le premier devoir du Franc-Maçon.

 

D’après la Gnose, l’homme ne peut se concevoir que comme un résumé du monde, et chaque brique, chaque pierre que vous constituez est une figuration du monde, la loge étant elle-même une synthèse de ces figurations. Elle est un microcosme à l’image du macrocosme qui nous entoure.


Elle regroupe toutes les individualités dans leurs différences, et le travail en commun contribue à l’harmonisation de ces tendances.


La loge parfaite devrait être celle où l’on est à l’écoute du langage universel, et ou le Maçon retrouve la sérénité et redevient disponible avant de devoir replonger dans le monde profane et son agitation.

 

Elle est à la fois gardienne des traditions et fécondatrice d’idées nouvelles. Les jeunes, de plus en plus nombreux qui frappent à sa porte aujourd’hui, sont demandeurs de cette sérénité qui leur fait défaut dans le monde profane et ses institutions. A nous de ne pas les décevoir !


Et si certains nous quittent malgré tout, regrettons-le, mais c’est sans doute parce qu’ils n’ont pas compris ce qu’est réellement la Maçonnerie, ou que nous n’avons pas bien rempli notre contrat.

 

Le langage de la loge, c’est- à -dire le rituel, est nécessaire et suffisant pour que les Maçons ne devient pas et en tirent un enseignement. Notre devoir est donc de maintenir et de perfectionner ce langage sans le dévoyer. Mon souhait serait que chacun des mots et des gestes du rituel soient effectivement vécu et ressenti intensément à chaque tenue.

 

Sur un autre plan, la loge est également une entité souveraine évoluant dans un cadre bien défini, des lors qu’elle est régulièrement constituée, ce qui lui impose de ne pas s’immiscer dans le fonctionnement d’une autre loge, mais qui l’oblige à assurer toute sa fonction symbolique, pour tous ses membres, là ou elle est implantée. La cohésion de tous au sein de la loge est alors fondamentale pour le travail à effectuer.

 

Pour conclure, j'appellerai à un peu de modestie en constatant qu’une société initiatique n’est que le reflet de la société humaine dans laquelle elle baigne, avec toute sa complexité.


Si le religieux vit selon ses principes et fonde son action sur des dogmes librement admis, le Maçon se doit de toujours remettre en question ses affirmations pour en tirer de nouvelles.


La position est sans doute plus inconfortable, mais l’on constate en regardant autour de nous, que toute société profane a besoin de son ésotérisme propre et secrète ses communautes initiatiques.


La Franc-Maçonnerie est une des réponses  trouvées à ce problème par notre société occidentale moderne, et elle s’insère, au même titre que d’autres sociétés initiatiques, dans cette recherche spirituelle.


Si l’Ordre Maçonnique se perpétue depuis si longtemps, ce n’est sans doute pas fortuitement mais bien parce qu’il répond à un besoin réel et profond.

 

On dit souvent que l’initiation ne s’adresse qu’ à ceux qui savent s’en montrer dignes, et vous connaissez tous l’éternel débat de savoir qui est initiable.


Elle peut rester fictive et formelle pour le récipiendaire superficiel, mais je crois avoir montré que c’est essentiellement une chose intérieure.


Pour la réaliser, la loge met ses rites et ses symboles à la disposition de ceux qui le souhaitent et qui sont capables de discernement. A eux de travailler, mais à nous le devoir de les leur transmettre fidèlement.


Ceux qui parviendront à progresser suffisamment sur le chemin initiatique seront les actifs voulant travailler sur eux-mêmes.


A mon avis, après le grade d’apprenti qui apprend le maniement des outils mis à notre disposition, et qui constitue surtout un grade d’introspection, d’analyse intérieure domine par la verticalité, on méconnait trop souvent dans nos loges bleues l’importance du grade de compagnon, qui doit permettre l’élargissement de la prise de conscience du monde extérieur, l’ouverture fondée sur l’horizontalité, avant la maitrise qui permettra l’intégration à ce monde avec l’accès à la synthèse qui résout les contradictions.

 

Pour résumer mon propos, plutôt que de vous infliger ce pensum, j’aurais pu dire plus simplement que si le but de la Maçonnerie est le perfectionnement du groupe par le perfectionnement individuel des membres qui le composent, les moyens en sont le travail personnel et assidu.


Le Franc-Maçon a pour fonction essentielle de construire, de créer, et pour cela il lui faut commencer par se construire lui-même, se structurer avant de pouvoir agir sur son environnement.


Travailler encore et toujours, c’est le premier devoir du Franc-Maçon, et nos rituels l’ont bien compris qui glorifient le travail.


Chacun doit pouvoir, à partir du rite pratique, selon sa sensibilité et ses affinités, trouver sa voie et son équilibre, car cela seul doit compter à mon avis, et c’est tout ce que je peux vous souhaiter.

 

Pour construire notre temple, nous avons besoin de toutes sortes de matériaux dont chacun de vous constitue un élément.


En fonction de votre spécificité, vous serez une clé de voute indispensable à la structure de l’édifice, un chapiteau sculpté participant à sa décoration ou un simple moellon anonyme inclus dans la muraille, mais souvenez vous que quels que soient leur aspect ou leur fonction, tous ces éléments sont également nécessaires à l’existence de la loge qui ne pourrait se maintenir sans eux et qui participent à sa pérennité.

 

Une loge n’a pas d’existence propre, elle n’existe que par ses membres, et la notre comme toutes les autres, ne sera que le reflet de ce que vous la ferez, rayonnante par votre présence et votre travail, ou périclitant si trop de membres s’en détachent. Et pour cela, ne comptez pas sur votre voisin de banc !

Nous devons avoir foi en l’homme et en ses capacités de s’améliorer, de progresser, sinon que ferions-nous ici ce midi ?


Ici, mais aussi à l’extérieur, nos devons, Maçons accomplis, rayonner notre idéal. Au sein de notre famille, sur notre lieu de travail, avec notre entourage profane, nous nous devons d’être des exemples d’hommes et de femmes libres.


Et si l’édification du Temple à laquelle nous travaillons ne se fait pas assez vite à notre gré, je crois que nous ne devons nous en prendre qu’ à nous mêmes, et réfléchir aux moyens de renforcer notre action face à la montée des individualismes et des égoïsmes de toutes sortes, à la résurgence des corporatismes et des communautarismes, à l’agressivité généralisée et aux intolérances banalisées.  

 











Christine Hilcenko.


 

 

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